L’Alliance avec un grand A, c’est
celle de Renault et Nissan. C’est ainsi qu’elle
revendique d’être reconnue et force est de reconnaître
que cette demande paraît légitime.
A la fin des années 90, alors que la globalisation accélérait
à la course à la dimension et incitait aux manœuvres
stratégiques entre les groupes automobiles, trois accords
majeurs ont été conclus au niveau mondial : entre
Daimler et Chrysler, entre General Motors et Fiat et entre Renault
et Nissan.
Le premier s’est révélé
être une absorption du constructeur états-unien
par son partenaire allemand, plus que la fusion annoncée.
Chrysler en a été largement affecté et
DaimlerChrysler peine à tirer profit de ce regroupement,
alors que l’avenir de Smart est encore incertain. L’apparente
complémentarité entre les deux groupes s’est
diluée.
Le second accord est en plein délitement
et cette mauvaise piste aura pénalisé chacun des
deux partenaires. Après les graves difficultés
de Fiat, c’est GM qui annonce des profits en retrait fragilisant
le système financier mondial au cours du mois mars. Les
problèmes posés par la redondance entre Fiat,
Opel voire Suzuki n’ont pu être surmontés.
Quel contraste avec le redressement remarquable
de Nissan et la bonne santé financière de Renault.
Les deux marques ont tiré pleinement parti de leur complémentarité
géographique et sont engagées dans le développement
de plates-formes communes pour leurs modèles de fort
volume, tout en respectant l’identité et la spécificité
de chaque marque.
Sans vouloir être des oiseaux de mauvais
augure, on peut cependant se demander si l’Alliance n’a
pas « mangé son pain blanc » et s’interroger
sur sa capacité à durer. D’une part, l’effort
important de rationalisation réalisé chez Nissan,
notamment auprès des fournisseurs, avec l’arrivée
de Carlos Gohsn et son équipe a permis des résultats
immédiats et les problèmes arrivent (Cf. éditorial
Lettre n° 182).
Ces opportunités ont été
saisies ; elles n’existent donc plus et il sera difficile
de rééditer l’exploit. Mobiliser dans la
durée n’est pas une chose simple car cela relève
d’une dynamique organisationnelle à construire.
D’autre part, il faut attendre les réactions des
marchés face aux modèles de voitures développés
sur des plates-formes communes. Dans le passé, il y a
eu déjà de nombreuses désillusions sur
des projets qui semblaient pourtant séduisants sur le
papier. En dernière instance, ce sont les consommateurs
qui valideront la stratégie. Il ne faut donc pas sous-estimer
l’ampleur de la difficulté à pérenniser
l’Alliance. Il n’y a aucun précédent
dans l’histoire de l’industrie automobile, ni dans
les autres secteurs à ce niveau. La pérennité
suppose d’inventer un nouveau modèle d’entreprise
sans se limiter aux qualités remarquables d’un
dirigeant providentiel. La double responsabilité que
va assumer Carlos Gohsn en dirigeant simultanément Nissan
et Renault semble consacrer la figure d’un nouveau type
d’entrepreneur. Au delà, pour relever le défi,
il faudra prendre en compte d’autres composantes de la
dynamique des organisations, ce que le GERPISA appréhende
à travers la formation du compromis de gouvernement d’entreprise.