Après l’éclatement de la
bulle Internet qui a montré les limites de la dite «
nouvelle économie », ce sont les industries «
anciennes », à commencer par l’automobile,
qui sont confrontées à de sérieuses difficultés
aux Etats-Unis. On se croirait revenir vingt ans en arrière
quand on s’interrogeait sur la désindustrialisation
de cette économie face à la percée des
constructeurs japonais taillant des croupes aux firmes américaines.
L’histoire ne se répète
pas mais l’industrie automobile états-unienne est
aujourd’hui à nouveau contestée par les
Japonais et elle révèle sa fragilité avec
les pertes financières de General Motors et Ford et la
situation d’urgences pour leurs deux anciennes filiales
équipementières : Delphi (premier équipementier
au niveau mondial !) se met à l’abri de la loi
de la faillite après que les activités de Visteon
aux Etats-Unis eussent été rétrocédées
à son ancienne maison mère.
Certes l’arrivée de modèles
japonais sur le marché des gros pick-ups, où Ford
et GM dégageaient des marges bénéficiaires
conséquentes dans les années quatre-vingt dix,
explique en partie les difficultés des constructeurs
car la concurrence est maintenant rude sur ce segment du marché.
Mais ceci était parfaitement prévisible et l’incapacité
à anticiper les évolutions du contexte concurrentiel
sur le marché domestique ne relève pas que d’une
défaillance ponctuelle.
Durant la précédente décennie,
l’autre source majeure de profit pour Ford et GM a été
les activités financières, notamment la finance
captive. La baisse des taux de crédit et même la
guerre par des prêts à taux zéro ont réduit
cette manne financière, d’autant que la dégradation
de la notation de GM et Ford par les agences conduisait à
relever leur coût du financement.
La dégradation de la conjoncture financière
a largement plombé les fonds de pension des travailleurs
nord-américains, l’éclatement de la bulle
interdisant de prolonger une tendance haussière qui aurait
pu permettre de faire face aux engagements vis-à-vis
des salariés. Du coup, les équipementiers Delphi
et Visteon, comme les constructeurs GM et Ford, sont confrontés
à un redoutable problème de financement des retraites.
La réponse sera la « socialisation » des
pertes en impliquant une partie de financement collectif et
surtout en réduisant les droits des salariés.
Les limites de ce mode de financement de la retraite apparaissent
au grand jour.
Voilà donc les bons élèves
de la création de la valeur pour l’actionnaire,
ceux qui se sont séparés de leur filiale équipementière,
ceux qui ont joué la stratégie de la voiture /
plate-forme mondiale puis de la modularisation, ceux qui se
sont engagés dans des acquisitions de marques (Jaguar,
Volvo, Land Rover pour Ford ; Saab pour GM) et des alliances
stratégiques (Mazda pour Ford ; Fiat, Suzuki pour GM)
ou locales (comme l’alliance Ford-PSA pour les moteurs
diesel), ceux qui se sont investis dans la finance ou la e-@utomobile
semblent bien mal en point.
Le contraste avec la situation des constructeurs
qui ont maintenu une primauté de la stratégie
industrielle (notamment Toyota, Honda, Nissan-Renault et PSA
Peugeot Citroën) n’en est que plus saisissant. Ceci
ne signifie pas que ces groupes ont suivi la même stratégie
de profit, mais a contrario, la dimension financière
semble très prégnante pour expliquer les difficultés
de l’industrie automobile états-unienne. D’autant
que le rapprochement avec Fiat en Europe, qui a voulu un temps
se transformer en « General Electric » européen,
est aussi remarquable.