LA LETTRE DU GERPISA
Numéro 189 (Février 2006)


Editorial

Bernard Jullien

 

Wagoner contre Sloan ou Standard and Poor's contre Chandler


La publication des comptes 2005 de Ford et GM a une nouvelle fois mis en exergue l’importance des captives de crédit pour la survie des constructeurs. Ainsi, sans Ford Credit, Ford n’afficherait pas 2 milliards de dollars de résultat net mais presque 4 milliards de pertes de même que sans GMAC, GM ne perdrait pas 8,6 milliards de dollars mais plus de 11.

Pourtant, GM se prépare à céder une participation majoritaire dans GMAC.1 Cette décision surprenante renvoie à la très mauvaise tenue des titres des groupes automobiles américains sur les marchés et plus précisément à la dégradation de la notation de leurs dettes principalement dues à leurs filiales financières. Pour Ford et GM d’abord puis pour Ford Credit et GMAC désormais, Standard & Poors considère que leurs dettes, classées « BB », relèvent de la catégorie « junk » (spéculative).2 Cette évolution conduit les captives financières à voir leur compétitivité obérée par le coût très élevé de leur accès aux ressources dont elles ont besoin pour refinancer les crédits qu’elles consentent. Les conséquences qu’en tirent les analystes est qu’il faut aux dites captives se dissocier des groupes de construction pour proposer des prises de participation majoritaires à des banques, seules susceptibles de permette à leurs dettes d’améliorer leur notation.

Si, comme cela semble être le cas pour GM au moins, un tel évènement devait advenir, on assisterait à un changement majeur dans l’industrie automobile. Autant qu’une source de profits, ces filiales financières sont depuis les années 20 un élément clef du pouvoir de marché des constructeurs.3 En y renonçant, GM se prive en effet non seulement du soutien qu’une captive apporte aux ventes des véhicules mais aussi des moyens de contrôle sur les dealers que la loi américaine ne donne pas et que le fait d’être aussi leur banquier garantit. Préférant S&P à Chandler, Wagoner oublie ainsi Sloan qui avait d’emblée saisi combien importait ce levier pour actionner la main visible.

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1 Selon le Wall Street Journal du 16/02/06, un groupe emmené par le hedge fund Cerberus Capital Management et une filiale de Citigroup tient la corde dans les négociations sur l'acquisition d'une participation de contrôle dans General Motors Acceptance Corp (GMAC) pour un montant de 10 à 15 milliards de dollars.
2 Concernant GMAC voir le Financial Times du 24/10/05. Pour Ford, voir La Tribune du 24/01/06.
3 Voir sur ce sujet l’excellent travail de S. Clarke “Closing the deal: GM’s marketing dilemma and its franchised dealers, 1921-1941”, Business History, special issue The emergence of modern marketing, volume 45, I, January 2003, pages 60-79

 


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La Lettre du GERPISA n°189

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