LA LETTRE DU GERPISA
Numéro 190 (Mars-Avril 2006)


Editorial

Vincent Frigant

 

Quand le MIT et le GERPISA convergent...


“La comparaison des entreprises du monde entier invite à dépasser les bonnes vieilles recettes managériales qui négligent volontiers la variété des options disponibles (…) : la diversité des réactions et des organisations présentes sur les mêmes marchés prouve qu’il existe plusieurs façons de répondre aux mêmes défis économiques. Avec le temps, ces différences risquent de persister ”.

Pour un lecteur familier des travaux du GERPISA, ces phrases pourraient avoir été extraites d’un texte issu du réseau. Elles le sont néanmoins du récent ouvrage de Susan Berger.1, en effet, en s’appuyant sur plusieurs secteurs, dont l’automobile.2 S. Berger défend, au terme d’une étude réalisée par le MIT Industrial Performance Center auprès de 500 entreprises, que les firmes disposent d’un large spectre de solutions pour gérer une mondialisation dont elles sont à la fois actrices et spectatrices. S’appuyant sur la thèse d’une modularisation générale des industries qui favoriserait la fragmentation des processus de production et entrainerait la généralisation du Made in Monde, elle montre qu’il existe une pluralité des manières de jouer de la modularité et de tisser les réseaux d’affaires mondiaux.

Au-delà des conclusions de l’ouvrage, deux enseignements nous semblent pouvoir être tirés. Tout d’abord, sur le plan méthodologique, il ressort que l’adoption d’une entrée par les firmes conduit à mettre en exergue la diversité. Ainsi, en choisissant d’étudier des firmes issues de plusieurs secteurs dans plusieurs pays, S. Berger retrouve les conclusions dégagées par les travaux du GERPISA sur l’automobile.

Loin d’uniformiser les stratégies individuelles, la concurrence comme processus implique la volonté et la capacité des firmes à chercher des solutions organisationnelles, productives et marchandes différentes de celles de leurs consoeurs sectorielles. Dès lors, si on peut reprocher à la méthode son manque exhaustivité, la nature même de la concurrence semble légitimer l’idée selon laquelle seule une analyse fine des comportements des firmes est à même de saisir les subtilités des réalités et des changements en cours quitte à mobiliser ultérieurement et complémentairement d’autres approches, de type statistique par exemple, pour gagner en généralité.

Ensuite, S. Berger suggère que les fondements de cette diversité sont pluriels et que leur repérage implique la mobilisation de critères multi-dimensionnels dont l’identification demeure problématique. Réfutant une détermination purement sectorielle en pointant par exemple les oppositions qui existent de ce point de vue entre les firmes électroniques et textiles, elle n’en retient pas pour autant la thèse d’une prévalence des dimensions institutionnelle ou culturelle puisqu’elle souligne, de manière très gerpisienne, que toutes les firmes d’un même secteur dans un pays ne convergent pas vers une solution unique. Elle propose une interprétation en termes d’héritages dynamiques selon laquelle la firme au gré de son histoire et des contextes - institutionnel et concurrentiel - dans lesquels elle évolue, acquiert des compétences et en recherche d’autres pour mener à bien les objectifs qu’elle s’est fixée. Si cette interprétation a le mérite, en mettant l’accent sur les contingences historiques, de fonder la diversité, elle pose néanmoins la question d’une (éventuelle) hiérarchie des facteurs déterminants. Elle suggère en effet que chaque choix serait idiosyncrasique rendant ainsi difficile, pour ne pas dire impossible, la hiérarchisation des déterminants voire même leur mise en système.

En ce sens, on pourra trouver dans l’ouvrage de S. Berger une forme de validation (non intentionnelle) à la pertinence du programme ESEMK : en cherchant à identifier les liens entre dimensions institutionnelles et stratégies individuelles des firmes, il s’agit de tenter d’apporter des éléments permettant d’élaborer une première ébauche d’une telle hiérarchisation. Gageons que, d’ici un an, nos travaux permettront de répondre à certaines interrogations que suscite la lecture de S. Berger.




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1. S. Berger, How we Compete: What companies around the world are doing to make it in today’s global economy, Doubleday Broadway, 2005. Trad. Fr. Made in Monde. Les nouvelles frontières de l’économie mondiale, Seuil, Paris, Février 2006.
2. Même si peu de pages lui sont consacrées au final. Principalement, pp. 110-117 où les limites à la modularisation de l’automobile sont pointées.

 


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La Lettre du GERPISA n°190

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