Après que Ghosn ait annoncé en
février, 26 nouveaux modèles pour son groupe d’ici
à 2009, c’est au tour de Marchionne d’en
annoncer 23 d’ici à 2010. L’un promet 800
000 véhicules de plus. L’autre entend faire en
sorte que les ventes annuelles des trois marques de Fiat passent
à 3,5 millions d'unités à l'horizon 2010,
contre 2,12 millions cette année.
De telles annonces paraissent contraster singulièrement
avec une conjoncture européenne qui, si elle s’est
améliorée en octobre, reste marquée en
2006 par des difficultés manifestes pour les constructeurs
généralistes sur leurs marchés. De ce point
de vue, l’amélioration relative de la situation
de Fiat renvoie d’abord à la faiblesse de ses ventes
les années passées et ne repose pour l’instant
que sur la Panda et la Grande Punto. Quant à Renault,
vu d’Europe, en termes de volumes comme en terme de lancements
de nouveaux modèles, son plan triennal n’est manifestement
guère effectif pour l’année 2006 et, selon
les récentes annonces, le premier semestre 2007 ne permettra
pas encore de lui donner consistance. D’un point de vue
européen, on peut dès lors, à bon droit,
douter du réalisme de telles annonces et en attribuer
les ambitions très grandes à la nécessité
de donner aux actionnaires des raisons de garder leurs titres
et/ou de chercher à en acquérir d’autres.
Pourtant, ce point de vue européen mérite
d’être corrigé par le fort contraste qui
ressort lorsque l’on ne considère plus le sort
de ces constructeurs en Europe seulement.
En effet, si l’on considère le
plan 2009 de Renault, il convient de souligner qu’en prévoyant
de faire passer la part des ventes hors d’Europe de 27
à 37%, il renvoie l’essentiel des 800 000 ventes
supplémentaires à une croissance des ventes Dacia,
Samsung et, accessoirement, Renault sur les marchés émergents.
De ce point de vue, le plan est d’ores et déjà
plus crédible puisque sur le premier semestre 2006, les
ventes hors d’Europe ont progressé de 10,5% alors
que les ventes européennes étaient en baisse de
7,6%. De même, s’agissant des produits, chacun aura
noté que lors du Mondial 2006, les deux nouveaux modèles
sur les stands du groupe Renault étaient la Dacia MCV
et le Kaleos, conçu par Samsung sur une plateforme Nissan.
De même, en octobre, P. Pelata, n°2 du groupe, annonçait
que la future SM5 de Samsung serait probablement importée
et vendue sous le badge Renault en Europe. Enfin, en matière
d’investissements, l’actualité de Renault
est marquée par l’annonce de la création
du nouveau centre d’ingénierie roumain, la relance
des investissements au Brésil, la poursuite du développement
en Russie et, surtout, la décision de faire passer les
capacités de production de l’unité commune
avec Mahindra des 50 000 unités prévues initialement
à 400 000 unités dans les 5 prochaines années.
S’agissant de Fiat, la situation pourrait
paraître différente étant donné le
dynamisme des ventes en Europe en 2006 et l’annonce d’un
objectif de parts de marché à deux chiffres pour
l’Europe. Pourtant, à y regarder de plus près,
il ressort que le rétablissement des profits qui est,
pour l’heure, le principal résultat de la gestion
Marchionne doit moins aux opérations européennes
qu’aux résultats dégagés au Brésil
où Fiat est n°1 au premier semestre. On notera également
que Fiat annonce que l’alliance avec Nanjing Auto sera
dès cette année proche du seuil de rentabilité
et deviendra profitable dès 2007. Quant aux investissements
et volumes à venir, ils semblent, comme pour Renault,
concerner d’abord les activités hors d’Europe
et singulièrement le fameux BRIC (Brésil, Russie,
Inde, Chine) dont parle la presse anglo-saxonne : Fiat espère
passer de 40 000 ventes à 300 000 en Chine et a signé
cet été un accord avec Tata en Inde.
De telles évolutions semblent ainsi
dessiner une forme de « décentrage » de certains
grands groupes automobiles européens. Ils engagent les
chercheurs spécialistes de l’industrie automobile
à chercher à en saisir la teneur, les formes et
les conséquences pour le développement de l’industrie
et des marchés automobiles des différentes régions
du monde. Comme réseau international, le GERPISA a indéniablement
un rôle clé à jouer dans l’analyse
in vivo de cette dynamique. Comme réseau pluridisciplinaire
en sciences sociales, le GERPISA a indéniablement des
ressources spécifiques à mobiliser pour inventer
les concepts et les méthodes qui permettront d’en
élucider les enjeux. A nous de nous employer à
ce que ce potentiel du GERPISA soit effectivement mobilisé.