L’Union Européenne a été en janvier
et février 2007 le théâtre d’un combat
entre les directeurs en charge des dossiers « environnement
» (Stavros Dimas) et « industrie » (Günter
Verheugen) qui, pour le premier, souhaitait que les exigences
de réduction d’émission à l’échéance
2012 soient applicables aux moteurs et à l’ensemble
des véhicules neufs vendus par chaque constructeur, et,
pour le second, défendait une intégration de l’ensemble
de l’automobile et souhaitait que les normes soient différenciées
par catégorie de véhicules. Pour des raisons compréhensibles,
Fiat, PSA et Renault étaient plutôt proches du
premier et les constructeurs allemands plus proches du second.
Un tel débat montre combien, au-delà du consensus
autour de l’exigence du développement durable,
on est confronté, dès qu’il s’agit
d’en définir les conséquences dans les
pratiques d’entreprises et les politiques publiques,
à des problèmes d’arbitrage dont la dimension
technique n’est qu’apparente. Tout se passe alors
comme si la politique que le discours sur le développement
durable avait voulu sortir par la porte en transformant en
questions éthiques ou écologiques les conflits
d’intérêt entre opérateurs industriels,
régions de monde ou parties prenantes à la production
revenait très vite par la fenêtre.
Dans ce contexte, pour la communauté des chercheurs
en sciences sociales spécialistes de l’automobile,
s’intéresser à une question comme celle
du comportement des acteurs de l’industrie automobile
(constructeurs, équipementier, distributeurs, réparateurs,
pouvoirs publics …) face aux exigences associées
au développement durable ne saurait signifier ni une
dilution de la dimension critique de nos travaux dans un consensus
sans contenu ni une critique systématique de cet artifice
idéologique. Dès lors que, au-delà des
discours, il s’agit bien là d’une nouvelle
manière de poser la question de la place de l’automobile
dans les économies et les sociétés qui
conduit à des changements à la fois dans les
dispositifs de régulation qui s’imposent aux
industriels et dans les comportements des entreprises elles
même, cette question s’impose à nous comme
une vraie question.
Plus, de la même manière que, pour les acteurs
sociaux, il peut s’agir là d’une opportunité
d’imposer à la fois des questions nouvelles et
de nouveaux interlocuteurs aux industriels et de démocratiser
la vie des industries, il y, dans ces débats sur automobile
et développement durable, un défi pour les sciences
sociales qui ont vocation à élucider les enjeux
sociaux, politiques et économiques des débats
et des décisions qui se situent dans ce nouveau champ.