Le problématique développement de l’automobile en Bulgarie

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Dans le rapport Cars 21 de l’été 2012, certains "stakeholders" avaient obtenu que soit soulignée l’incohérence de la politique européenne qui a cherché à favoriser le développement de l’industrie automobile dans les PECO en soutenant, en particulier, les implantations coréennes et qui s’inquiète aujourd’hui des problèmes de surcapacités. La Banque Européenne d’Investissement fût particulièrement active sur le premier volet. La récente communication de la DG Entreprise sur l’automobile "Europe 2020" milite pour une gestion "douce" des "ajustements structurels" réputés nécessaires et propose pour cela d’activer le Fonds Européen de Modernisation.

Bien plus que les questions de politiques commerciales et la faculté des constructeurs coréens à importer sans droits de douanes des véhicules depuis leur base domestique, ce sont évidemment ces usines européennes qui posent aujourd’hui problème aux constructeurs européens en Europe et la question de la faculté des constructeurs asiatiques à poursuivre l’expansion de leurs bases productives en Europe mérite par conséquent d’être posée. Le "dossier bulgare" qui s’est ouvert en 2012 devrait très clairement la mettre en débat.
En effet, on se rappelle que, en février, avait été lancée officiellement par Great Wall et son partenaire bulgare Litex Motors la production de trois modèles dans une usine de Bahovitsa, au nord du pays. Le constructeur chinois produirait à terme 50 000 véhicules par an qui seront importées en kits de Chine et montées en Bulgarie, ce qui permet un accès sans droit de douane au marché européen. En décembre, on apprenait que BYD s’associait avec le groupe bulgare de l'énergie Bulmineral pour construire à Breznik une usine assemblant des bus et des voitures électriques.
Arrivant après que l’essentiel des investissements des grands constructeurs américains, européens, japonais et coréens aient été faits, les autorités bulgares se proposent ainsi de constituer un pôle automobile chinois en Europe. La BEI ne semble pas soutenir directement les investissements chinois mais, en soutenant les ambitions automobile du nouvel entrant dans l’UE, et en ne faisant rien pour interroger le bien-fondé de cette stratégie de développement, l’Union ne tire pas les leçons du passé et semble continuer de militer de fait pour que se poursuive une construction de l’Europe de l’automobile qui ne lasse pas de faire problème.
En effet, la BEI soutient par exemple le projet de développement par Johnson Control d’un centre de recherche et développement en électronique à Sofia (1). Comme l’indique le Financial Times (2) : "les équipementiers ont été attirés par les salaires les plus bas de l’UE, un taux d’imposition des bénéfices à 10% et un taux de change stable par rapport à l’euro garanti par un accord". Et la liste est effectivement assez longue : l’allemand Behr-Hella Thermocontrol, le français Montupet, mais aussi beaucoup d’investisseurs extérieurs à l’UE tels le sud-africain ALC (sièges et intérieurs en cuir), les turcs Ayfa Otomotiv et Mars Otomotiv ou l’indien Escorts.
La stratégie de développement de l’automobile bulgare se nourrit de la déception de n’avoir été choisi ni par Renault, qui produisait en Bulgarie et a préféré le voisin roumain, ni par Fiat, qui a opté pour la Serbie. L’arrivée des investisseurs chinois crédibilise alors la stratégie de développement de clusters à Plovdiv et à Sofia. Elle permet à l’UE de tenir ses promesses aux nouveaux entrants.
Elle s’intègre néanmoins dans une logique d’intégration européenne qui continue d’être doublement problématique.

i) Elle repose largement sur la moins-disance fiscale et sociale et organise l’espace européen, en matière automobile comme dans les autres secteurs, comme un espace de mise en concurrence des nations et des régions. Ni la croissance ni la construction d’avantages compétitifs ne parviennent dans ce cadre à figurer à l’agenda des politiques européennes toute entières tournées vers la défense de "l’intérêt du consommateur" et de plus en plus évidemment nuisibles aux producteurs et salariés européens.

ii) Elle offre aux nouveaux entrants extérieurs à l’UE des conditions d’accueil et de développement dans l’espace européen qui n’ont d’équivalent nulle part ailleurs dans le monde développé ou dans les émergents. Ce faisant, elle tend à affaiblir la profitabilité des activités européennes des constructeurs européens et à obérer leurs capacités à rester dans la course mondiale qui requière de très lourds investissements de capacité dans les émergents et de très couteux investissements en R et D.

Le dossier bulgare est emblématique de cette problématique. Il s’ouvre à un moment où la dépression de l’activité en Europe associée aux politiques de gestion des dettes publiques met en difficulté tous les grands constructeurs généralistes européens on allemands ainsi que Ford et Opel. Il ne lasse pas d’inquiéter aussi les plus anciens des "Nouveaux Etats Membres" qui tels la Pologne, la République Tchèque ou la Slovaquie (3) commencent à percevoir la logique de mise en concurrence des espaces comme problématique. Tout le monde ne pouvant "monter en gamme" et espérer voir son développement porté par "l’économie de la connaissance", il est de plus en plus clair que le développement des capacités de production doit être examiné en fonction des débouchés locaux. C’est ainsi – on a tendance à l’oublier - que le dossier automobile nous était présenté il y a dix ans lorsqu’il s’agissait d’intégrer dix nouveaux Etats Membres et 100 millions de nouveaux consommateurs. C’est ainsi que, récemment, l’investissement algérien de Renault a été défendu. Il est urgent que, au sein de l’UE, on redécouvre enfin les préceptes d’Henry Ford qui avait saisi que ses investissements de capacités exigeaient, pour être justifiés, que soit résolue la question des débouchés.

Bernard Jullien

(1) http://presseeuropa.fr/press-releases/la-banque-europeenne-d-investissem...
(2) http://www.ft.com/cms/s/0/8f880852-2fed-11e2-891b-00144feabdc0.html#axzz...
(3) http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/la-slovaquie-fete-ses-20-a...

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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