Tristan Lormeau qui a succédé à Jean Agulhon parti à la RATP en mars 2016 ne va pas forcément avoir une tâche plus facile que ses prédécesseurs qui avaient en 2013 obtenu que CFE-CGC, CFDT et FO signent le "Contrat pour une nouvelle dynamique de croissance et de développement social de Renault en France".
En effet, la négociation précédente s’était nouée dans un contexte difficile pour Renault, ses parts de marché et sa production en Europe. Ce contexte européen général était redoublé par la situation particulière des sites français : la fermeture d’Aulnay était présente dans tous les esprits et, chez Renault, l’affectation des modèles et des volumes était, depuis de longues années, très défavorable aux sites d’assemblage français ; les menaces de fermeture étaient crédibles.
Carlos Ghosn a dit cette semaine à l’Assemblée Nationale son désir de voir signé en 2017 un nouvel accord de compétitivité avec les organisations syndicales qui le souhaiteront. Dès lors que le dit accord est évoqué et risque d’intervenir dans un contexte où les performances de Renault d’une part et la charge des sites français d’autre part, on peut faire de cette perspective deux lectures. lire la suite
La glose médiatique sur les évènements intervenus en fin de semaine chez Smart n’a - à de rares exceptions près – pas rendu compte des enjeux fondamentaux. Certains se sont vautrés dans le piège que leur tendait la direction de Smart et se sont empressés de conclure que les syndicats ne représentaient pas leur base puisqu’ils refusaient un accord que les salariés acceptaient et en faveur duquel ils s’étaient exprimés lors du sonndage organisé par la direction.
D’autres n’y ont vu que l’effet manifeste d’un chantage à l’emploi et aux délocalisations d’un actionnariat sans foi ni loi auquel la mondialisation et le chômage donne désormais tout pouvoir pour revenir mois après mois sur tous les acquis.
En 2011, deux ans après l’annonce de la fermeture de l’usine de Bosch située à Vénissieux qui fabriquait des pompes diesel pour l’industrie automobile, l’activité du site et la majorité des emplois sont maintenus mais réorientés vers la production de panneaux photovoltaïques. Cette réindustrialisation, très exceptionnelle en France, est le fruit d’une délibération développée dans le cadre d’une commission de réindustrialisation composée de représentants de la direction et de représentants des salariés (syndicats et membres du CE) ainsi que d’experts, d’une négociation entre les différentes parties prenantes et d’une mobilisation du personnel sous différentes formes. Nous présenterons d’abord le contexte spécifique et les enjeux de cette reconversion industrielle en insistant sur la spécificité du groupe Bosch et du site de Vénissieux tant sur le plan industriel que social. Nous analyserons ensuite les objectifs et les différents registres de l’action collective déployée par les syndicats et le cabinet d’experts qui a conçu un nouvel outil, le cv de site, pour valoriser les compétences des salariés de Vénissieux. Enfin, l’analyse de ce cas permettra d’interroger les conditions de réussite d’alternatives industrielles et d’aborder la question des transformations de la négociation collective et du dialogue social dans un contexte de crise.