Syrota 3 y viendra…

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La chronique hébdomadaire de Bernard Jullien directeur du Gerpisa.

Jeudi, La Tribune révélait la teneur du second rapport de la mission que Jean Syrota a coordonnée pour le Conseil d’Analyse stratégique et qui s’intitule "La voiture de demain : carburant et électricité". Sous le titre "l’avenir de la voiture serait hybride plutôt qu’électrique", les journalistes rendent compte des termes très durs dont le rapport aborde le choix fait en France de parier sur le VE. Comme La Tribune développe cette actualité dans ses pages "Green Business" et non dans ses pages "industrie automobile", les journalistes s’empressent toutefois de contrebalancer le propos en interviewant le Président de l’Avere, Philippe Aussourd, et en reprenant à leur compte l’essentiel de ses propos qui vilipendent "l’archaïsme" du rapport qui "évalue les investissements et les coûts d’exploitation d’un véhicule électrique mis entre les mains d’un utilisateur pour aboutir à la conclusion que c’est trop cher" "au lieu d’étudier globalement la mobilité durable".

On se souvient que, en septembre 2008, un premier rapport Syrota sur le sujet avait été assez discrètement accueilli avant que Le Point ne s’en empare en décembre et titre "Exclusif - Le rapport enterré qui accable la voiture électrique" en mettant le rapport en ligne. A n’en pas douter, étant donné ce qui se passe autour de l’affaire et de l’Etat Major de Renault alors que PSA annonce la création d’une co-entreprise dédiée aux hybrides avec BMW, ce second rapport Syrota va contribuer à radicaliser les positions des pro et des anti et à faire du dossier VE un champ de bataille. D’ores et déjà, les blogs des journaux, et celui de Autoactu en particulier, frappent l’observateur par la violence des propos que l’on y lit contre Renault et les errements des technocrates éloignés des réalités et prompts à engager notre beau pays dans de coûteuses impasses au mépris du bon sens populaire dont nos élites seraient dépourvues. Dans cette veine, signalons comme un modèle de ce genre aux accents poujadiste, l’article "Renault : Une affaire de branquignols" de A. Routier sur l’affaire Renault dans France Soir en date du 5 mars.

Il suffira pour se convaincre que la détestation des énarques et polytechniciens et de leur suffisance ne pourra pas dans notre affaire tenir lieu d’arguments de signaler que J. Syrota est un haut fonctionnaire, polytechnicien, ancien Directeur Général de l’Energie et qu’il relève donc lui aussi de l’engeance honnie. Là n’est donc pas le problème. La question doit, quelque critique qu’on pourra être sur Renault et la gestion de son vrai/faux dossier d’espionnage, être traitée pour ce qu’elle est c'est-à-dire comme une question de politique industrielle et de politique des transports dont l’enjeu est la position de France dans la bataille mondiale qui est déjà largement engagée autour du VE d’une part et sa capacité à se doter d’un système intermodal de gestion des déplacements qui soit le plus soutenable possible économiquement, socialement et écologiquement.

Pour avoir passé la semaine écoulée au Japon et pour y avoir entendu, en participant à un forum mondial sur l’avenir de l’industrie automobile organisé par nos collègues "gerpisiens" du MMRC (Manufacturing Management Research Center - Tokyo), des témoignages nombreux sur l’état du dossier en Chine, en Corée ou au Japon, il me paraît clair que la question est de moins en moins de savoir si le VE est une bonne solution. Ce qui importe est de saisir que c’est celle qui est en train de s’imposer et que, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, des investissements très lourds, publics et privés sont engagés. De mois en mois les lignes de partage entre les sceptiques et les enthousiastes bougent et les premiers rejoignent les seconds. Pour prendre un exemple, les collègues coréens que j’ai rencontrés cette semaine m’ont tenu des propos qui étaient aux antipodes de ceux qu’ils tenaient lorsque nous avions, en décembre 2007, été conviés tous à célébrer les 40 ans de Hyundai. Le gouvernement coréen a, ces six derniers mois, pris en direction du VE un virage très fort et a, très clairement, exigé de Hyundai qu’il en soit.

Comme le disent les économistes du changement technique, une solution n’est pas bonne ou mauvaise en elle-même. La seule question pertinente au regard de l’histoire est de savoir si elle est choisie et mobilise pour cela les efforts institutionnels et industriels requis. Si c’est le cas, que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises rasions, alors la solution bénéficie de l’afflux des efforts conjoints de ceux qui veulent préserver leur position dans le champ concurrentiel et de ceux qui veulent en profiter pour y rentrer. Comme c’est exactement ce qui se produit mois après mois, il y a fort à parier que Syrota 3 n’aura pas lieu ou que si Syrota 3 nous est un jour livré alors, ce sera pour se rallier.

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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